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NEWTON. RIVIERA

dal 17 giugno al 13 novembre 2022

Le titre de l’exposition circonscrit clairement une géographie, celle de la Côte-d’Azur, que Helmut Newton a photographiée depuis les années 1960, jusqu’à sa disparition au début des années 2000.
«Newton, Riviera» est ainsi prétexte à explorer différemment l’œuvre d’un photographe majeur du XXe siècle, à travers des images désormais célèbres, comme d’autres rarement présentées au public.

«J’aime le soleil ; il n’y en a plus à Paris», aurait déclaré Helmut Newton à l’officier monégasque en charge d’instruire son dossier. Nous sommes en1981, Newton a soixante et un an et il s’est imposé au fil de séries audacieuses, repoussant sans cesse les limites de l’acceptable, comme un des plus grands photographes de mode de sa génération.

Son installation à Monaco n’a rien d’une retraite, bien au contraire. Cette période qui court de 1981 à 2004 (date de sa mort dans un accident de voiture) est une des plus prolifiques et, sans conteste, la plus libre de sa carrière. Monaco offre à Newton un cadre original à ses photographies de mode. Il n’est ainsi pas rare qu’un des chantiers de la ville serve de toile de fond à une campagne qu’il signe pour une maison de haute couture.

C’est là aussi qu’il réalise de très nombreux portraits de beautiful people, que ceux-ci aient élu domicile à Monaco ou qu’ils y soient de passage. Il portraiture également les étoiles du Ballet de Monte-Carlo et la famille princière. À Monaco, Newton s’essaye enfin au paysage – un genre photographique qu’il n’avait pas abordé jusqu’alors – et développe une de ses séries les plus personnelles, «Yellow Press», images étranges, d’un glamour inquiétant, inspirées de scènes de crime.

Si l’exposition «Newton, Riviera» s’intéresse particulièrement à cette période, elle rappelle aussi les liens anciens de Newton avec la Riviera. Se devine ainsi, au fil de 280 photographies, un Newton solaire portant un regard à la fois ironique et fasciné sur un mode de vie élégant et facile, un monde d’apparences et de faux-semblants, dont il était à la fois l’acteur et le témoin privilégié.

Parcours de l’exposition

Piscines / Méditerranée
Depuis son adolescence, Newton est passionné de natation. Il ne s’intéresse cependant pas uniquement aux piscines parce qu’il peut y nager. Leur qualité plastique (leurs eaux vert-bleu miroitantes fascinent à la même époque le peintre David Hockney) et l’imaginaire de luxe et de plaisir qu’elles mobilisent le retiennent. Il y réalise ainsi un grand nombre d’images au point d’en faire un des éléments distinctifs de son univers. S’il arrive à Newton d’abandonner les piscines des villas, hôtels ou clubs de la Côte d’Azur au profit de la mer Méditerranée, celle-ci n’exerce pas sur lui la même fascination. Quand la mer est présente dans ses photographies c’est le plus souvent comme un simple arrière-plan. Newton, qui n’hésite pas à déclarer que «le plus beau des gazons est en plastique», est le photographe de l’artificialité – des piscines, donc, plutôt que de la Méditerranée.

Ramatuelle
Les années 1960 et 1970 sont l’âge d’or de la photographie de mode. Grâce à l’invention du prêt-àporter, les marques suivies par la presse spécialisée connaissent un développement rapide. Les moyens augmentent et certains photographes vivent fastueusement, comme le personnage de Thomas dans le film d’Antonioni Blow-Up (1966). Newton gagne, lui, suffisamment d’argent pour acheter un appartement à Paris et, en 1964, une maison isolée à Ramatuelle. Sa femme June et lui y séjournent chaque année de juin à août. Newton y réalise des clichés d’amis de passage, mais aussi de June, comme celui où elle apparaît nue, accrochée à un frêle saule pleureur une nuit de grand vent.

Festival de Cannes
Créé en 1946, le Festival de Cannes qui se déroule chaque année pendant la seconde quinzaine du mois de mai est considéré comme le plus prestigieux des festivals dédiés au cinéma. Réunissant sous l’œil des médias les personnalités les plus éminentes du septième art, ainsi que leur entourage, le tout dans une atmosphère artificielle de luxe et de fête, si ce n’est de rêve, le festival de Cannes offre à Newton un sujet rêvé. De fait, pour lui, la photographie ne sert pas à authentifier le réel, mais à brouiller les valeurs du vrai et du faux, de la réalité et de l’illusion. Sa position vis-à-vis de cet univers de paillettes est d’ailleurs ambiguë, entre ironie et fascination, sans doute parce qu’il en est à la fois le témoin et un des acteurs.

Portraits
Star de la photographie, c’est naturellement que Newton en vient à faire les portraits d’autres stars, qu’elles viennent de l’univers de la mode, du cinéma, de la musique ou de l’art contemporain. Ceux qu’il photographie sont ses semblables. Lui-même le reconnaît : «Je suis intéressé par une société qui paraît riche et dont je comprends le fonctionnement, car je ne photographie que ce que je comprends.» Les images qu’il réalise alors ne sont pas très différentes de celles qu’il crée à la demande des grandes marques de luxe. Ses portraits sont ainsi marqués par le même effort de stylisation et par le même refus de tout psychologisme. Il arrive même que Newton reprenne un dispositif préexistant pour l’appliquer à un portrait, comme quand il place l’artiste italien Maurizio Cattelan au milieu d’une scène de crime.

Mode & nus
Une fois installé à Monaco, c’est toute la ville que Newton transforme en décor pour ses images : hôtels, terrasses, garages et même chantiers, comme pour la magnifique série de photographies qu’il réalise en 1986 pour Versace : brunes piquantes se tenant par la taille devant un camion à benne ou blonde impeccable appuyée contre le godet géant d’une pelleteuse. Newton prend de plus en plus de libertés dans ses photographies de mode, imposant son point de vue à ses clients. Il conserve néanmoins le style qui l’a rendu célèbre et qui se caractérise par la rigueur de la composition, le hiératisme des modèles et un goût de la mise en scène qui exclut toute spontanéité. Créativement parlant, les années monégasques de Newton sont ses plus belles années.

Collections privées
Monaco compte de nombreux amateurs d’art et collectionneurs. Il n’est donc pas surprenant que Newton soit devenu l’ami de certains d’entre eux, comme Josiane et Francis Merino, ainsi que leur fils Edouard, Monica Landeau, Jessica et Jean-Marie Conrieri ou Tiqui et Ago Demirdjian. Au fil des ans, ces derniers ont constitué un bel ensemble de photographies et de polaroïds de Newton qui ont la particularité d’être souvent dédicacés et créés spécialement pour le couple. Il s’agit alors de portraits (Ago devant son jet ou Tiqui à l’intérieur), mais aussi de collages d’inspiration surréaliste. Ces images manifestent aussi bien l’humour de Newton que l’étroitesse de ses liens avec les époux Demirdjian.

Ballets de Monte-Carlo
Qui sait que les Ballets de Monte-Carlo sont les héritiers des célèbres Ballets russes de Diaghilev qui ont révolutionné la danse au début du XXe siècle grâce à des collaborations avec des artistes venus d’autres disciplines ? Sans doute est-ce pour en perpétuer le souvenir que S.A.R. la princesse Caroline de Hanovre a invité Newton à photographier les danseurs de la compagnie. Cette collaboration qui a commencé en 1985 s’est poursuivie au fil des années. Jusqu’à sa mort, Newton a ainsi continué de photographier les solistes des Ballets de Monte-Carlo. Ses images, qui ont notamment servi à illustrer les programmes des Ballets, sont typiques de son style. Plutôt que de tenter de saisir le mouvement des danseurs, Newton s’est attaché à en magnifier la plastique, prolongeant ainsi à travers le médium photographique la tradition de la statuaire.

Curiosa
Les photographies de mode de Newton ont connu un tel succès qu’elles ont largement éclipsé le reste de son œuvre. Ses images les plus personnelles ne sont pourtant pas les moins intéressantes. Souvent inattendues (comme ses paysages), elles sont complexes, dénotant une profonde culture photographique et un jeu avec la tradition de la peinture classique. Ces photographies plus «personnelles» consistent aussi souvent en une réappropriation des thèmes surréalistes : le miroir, l’œil et le voyeurisme, la poupée et le mannequin, le sadomasochisme et, bien entendu, la nuit. On se souvient que de Fargue à Miller, de Crevel à Bataille, de Brassaï à Man Ray, d’Aragon à Breton, tous ont fait du noctambulisme une attitude en même temps qu’une pratique artistique. Breton notamment lui accorde une place centrale dans sa trilogie Nadja, Les Vases communicants et L’Amour fou. C’est dans ce deuxième récit, publié en 1937, qu’il évoque «la grande nuit qui sait ne faire qu’un de l’ordure et de la merveill». Une synthèse paradoxale que l’on retrouve dans la série de Newton «The Woman on level 4» et dans ses scènes de crime inspirées de faits divers.